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Tonnerre - La Fosse Dionne

 

Mes vacances d'été sont finies, et je reprends donc la route des week-ends. Après avoir un peu épuisé les sites de l'Aisne que je souhaitais voir, je prends la direction de l'Yonne. Première ville à ne pas rater : Tonnerre et sa célèbre Fosse Dionne.

La source, longtemps considérée comme d'origine magique est sujette à de nombreuses légendes. Il faut dire que la couleur exceptionnelle de l'eau et le mystère de sa source vauclusienne aux abysses insondables y sont probablement pour beaucoup.

Trois légendes
La Fosse Dionne et les sous du diable
Un jour d’été de l’an 700, le petit Pierre voit venir au galop un cavalier noir au panache rouge sang. Arrivé à sa hauteur, ce dernier lui demande où il peut désaltérer son cheval. Le jeune garçon lui indique la Fosse Dionne. Immédiatement, le cavalier refait partir sa monture et laisse choir sur le chemin un sac de pièces. Profitant de l’aubaine, le jeune garçon s’en saisit en se gardant bien d’avertir le visiteur. Avec cet argent, il va faire des achats de nourriture. D’affreuses coliques se mettent à le tourmenter, puis il est pris de rires démoniaques. Les aliments n’ont plus de saveur, le pain a le goût du plâtre, le lait est insupportable. Pris de remords, l’enfant se dirige vers la Fosse Dionne.

Arrivé au bord de l’eau, il n’y trouve pas l’étranger. L’endroit est désert, du moins le croit-il. Dans l’ombre, cependant le cavalier l’épie. Mais il y a aussi le saint évêque Pallade qui ne perd rien de la scène. Pierre jette dans la source les pièces diaboliques et s’apprête à s’y précipiter quand l’évêque le retient. Pierre avoue son acte et le saint homme lui accorde sa miséricorde.

Mais du fond de l’eau, les pièces ensorcelées l’accusent toujours. C’est alors que saint Pallade recouvre de son manteau l’argent du diable. Le cavalier vient de perdre la partie. Brusquement, il surgit des taillis et lance sa monture dans la vasque. Les eaux se mettent à bouillonner durant de longs instants. Quand elles redeviennent calmes, la Fosse Dionne n’a plus de sable. Le fond vient d’être emporté dans les abîmes de l’enfer.

La Fosse Dionne et le manteau de la Vierge
En ce temps-là, la Fosse Dionne n'existait pas encore ; de dessous la falaise coulait une source dont les eaux allaient se perdre dans un bourbier immonde jusqu'à la rivière de l'Armançon.
Une pauvre jeune fille, un soir, revenait de son travail par l'une de ces ruelles sombres et boueuses. Brusquement, elle sentit dans son dos une présence. Sans aucun doute, c'était le démon en ces lieux, qui cherchait une nouvelle victime. Au moment où la main griffue du diable allait s'abattre sur son épaule, la pauvre fille, terrorisée, implora la Sainte Vierge, la suppliant de venir à son secours.

Une grande lueur se fit : la Vierge apparut dans son grand manteau couleur émeraude. Elle étala ce manteau devant la jeune fille ; aussitôt, au pied de la falaise, s'ouvrit un vaste cratère rempli d'eau pure et transparente, et la Vierge y entraîna sa protégée qui, ainsi, fut sauvée du démon.
La Sainte Vierge a peut-être oublié de retirer du fond de la Fosse Dionne, ainsi créée, son beau manteau puisque, depuis ce jour, l'eau qui s'écoule a toujours cette belle coloration bleu-vert; celle du manteau de Marie.

Le Basilic de la Fosse Dionne
Saint-Jean l'aumônier fut avertit d'un lieu où il y avait un puits d'où sortait un basilic, sorte de monstre à tête de bélier ou dragon terrifiant aux yeux fulgurants qui infestait le peuple et causait de sérieux ravages.
Il entreprit lui-même, à la bêche, de fouir le sol au dit endroit dégageant ainsi la belle et grande source de la Fosse Dionne et assainissant le marais, il donna aux eaux de la source un débouché facile sur l'Armançon. De ce fait conjurant le mauvais sort, il fit mourir le basilic et rendit le lieu habitable.

Le basilic représente en réalité la fièvre paludéenne dont nos ancêtres caractérisaient de ce mot les effets foudroyants du paludisme (la fièvre saisit à l'improviste et brûle comme le venin d'un reptile).

L'origine de la source
Son nom viendrait de Divona divinité des eaux. Il se peut également que son nom soit dérivé de la nymphe Dioné (mythologie archaïque), océanide de la mythologie grecque antique.

La Fosse Dionne est source pérenne dont le débit moyen est de 200 litres par seconde. L'eau est issue d'un implovium de 43km au sud de la ville de Tonnerre, stockée dans de multiples failles du plateau calcaire que constitue le Tonnerois ce qui explique son débit continu.

Il s'agit donc d'une exurgence d'eaux météoriques et non à quelques résurgences de rivières lointaines ou souteraines.

La source est située dans le quartier vieux de la ville; elle coule au pied d'une montagne effondrée, qui la domine à une hauteur de 60 m. Prise comme dans un fer à cheval, elle débouche sur une rue étroite.

Le lavoir
La source fut transformée en lavoir par le père du chevalier d’Éon. Le lavoir qui habille actuellement la source date de 1731 pour l'enceinte intérieure et de 1758 pour l'enceinte extérieure, les cheminées et la toiture.
Le lavoir circulaire qui entoure la fosse est équipé d'un muret destiné à protéger l'eau de la source de l'eau de lavage ainsi que des cheminées qui produisaient la cendre utilisée pour le nettoyage.


Revue "En bourgogne", n°26

 


 

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