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Treuil de la carrière Auboin à Châtillon

 

SITUATION GEOGRAPHIQUE
Pays : France
Département : Hauts-de-Seine
Commune : Châtillon

Le treuil de la carrière Auboin à Châtillon n'est visitable que pendant les journées du patrimoine. Une petite exposition plutôt complète ainsi que des vidéos sur la restauration du treuil et la travail des carriers sont présents sur les lieux et complètent très agréablement la visite.

On regrettera que la carrière, bien qu'accessible, ne soit pas (encore ?) visitable.

Ce treuil fait partie du patrimoine des anciennes carrières du bassin parisien.

Il existe très peu de ces vielles mécaniques dans le bassin parisien alors qu'autrefois elles recouvraient les plaines.

Mus en premier par des ouvriers qui gravissaient péniblement et sans fin les échelons d'une roue en bois, ces treuils mécaniques furent relayés au XIXème siècle par la force du cheval. Ce dernier tournait autour d'un axe muni à son sommet d'un pignon à renvoi d'angle qui actionnait le tambour via divers démultiplicateurs.

A partir du XXe siècle, le moteur à explosion fit son apparition et il remplaça progressivement le cheval. Mais son emploi ne fut que de courte durée puisque peu à peu la pierre allait être remplacée par le ciment.

Ainsi, une à une les carrières fermèrent et furent livrées à leur triste destin ; le puits serait comblé avec les montants du treuil et les remblais d'exploitation. Quant aux parties métalliques, elles n'échappèrent pas en premier lieu à la convoitise des ferrailleurs.

Une partie du treuil de Châtillon eut la chance d'échapper à cette triste fin, principalement dû au fait que, contrairement à beaucoup d'autres carrières, l'exploitant carrier, la famille Auboin, était propriétaire du terrain.


La carrière en 1985, avant restauration

Le treuil, soulèvement de la pierre
Le treuil, mécanisme
La famille Auboin, carrier à Bagneux depuis le milieu du XVIIème siècle est devenue une grande entreprise d'extraction et de taille de pierre jusqu'au début du XXème siècle. Elle possédait de nombreuses carrières en région parisienne et un entrepôt à Paris. La carrière de Châtillon a été exploitée jusqu'au début du XXème siècle (~1914).

Le treuil actuellement visible est le dernier d'une série. Il a notamment succédé à une roue de carrier détruite pendant la guerre de 1870.

Comme de nombreuses autres communes situées au sud de Paris, Châtillon ne dévoile aux yeux du promeneur que sa partie paisible. Une autre ville plus secrète, plus mystérieuse, s'est pourtant développée, elle aussi, au fil des siècles. Cette ville qui s'étend sur près de 75% du territoire de la commune se situe entre dix et quarante mètres sous les pieds des Châtillonnais : il s'agit des anciennes carrières de gypse et de calcaire.

Depuis l'époque gallo-romaine, l'homme ne cesse d'exploiter les richesses minérales du sous-sol, notamment pour la construction des très nombreux bâtiments et édifices religieux de la capitale. Lorsqu'au XVIIIe siècle, ces richesses viennent à manquer au sous-sol de Paris, les carriers étendent progressivement l'extraction de ces matériaux aux villages situés au sud de la cité, entre les plaines de Montrouge et de Châtillon.
(source : topic topos, patrimoine des communes de France)

C'est ainsi qu'à partir du XIXe siècle, le sous-sol châtillonnais devient l'un des sites privilégié de cette exploitation. Deux matériaux en sont principalement extraits : d'une part le gypse à partir duquel est fabriqué le plâtre et d'autre part le calcaire grossier, gros pourvoyeur en pierre pour la construction de la capitale. L'apogée de l'exploitation du calcaire à Châtillon est atteinte vers 1870. Alors que les carrières de gypse sont accessibles par des galeries en pente douce, les exploitations de calcaire le sont par des puits. C'est au sommet de ces puits que les carriers installent les systèmes de levage leur permettant de remonter des blocs de plusieurs tonnes.
(source : topic topos, patrimoine des communes de France)


Le treuil restauré (source : radio11)

Le treuil est constitué de deux grosses piles de maçonnerie supportant un gros tambour en bois sur lequel s'enroule un câble. Le manège est quant à lui formé de deux petites piles de maçonnerie et d'une charpente soutenant un ensemble de démultiplication par engrenage.

Un cheval remontait, par un grand puits, des blocs de pierre jusqu'à 8 tonnes de la carrière souterraine située à 35m de profondeur. Il parcourait 3,5 km en environ 1 heure.


Démonstration animée du fonctionnement du treuil


Le puits appareillé
Profondeur : 35 mètres ; diamètre : 3,50 mètres à l'ouverture, 5 mètres à la base
(source : photo issue de l'exposition, journées du patrimoine 2010)

La pierre calcaire déposée il y a 45 millions d'années servait à bâtir les constructions et monuments de la capitale. Le calcaire lutécien est formé de débris d'animaux marins qui se sont déposés dans une mer qui recouvrait le bassin parisien pendant la période éocène de l'ère tertiaire.

Les pierres dures étaient utilisées pour les fondations et les soubassements des immeubles, les pierres les plus tendres étaient débitées en moellons pour l'élévation des murs.


Coupe du puits et de la carrière
(extrait du document donné à l'occasion des journées du patrimoine par l'association PICAR)

L'exploitation est souvent réalisée sur un ou deux étages superposés. Ils sont reliés entre eux par des pentes douces. La technique d'extraction consiste tout d'abord à dégager un banc tendre, le "souchet", sous le bloc à extraire. Eclairé par des bougies, le carrier utilise une "aiguille", barre de fer de 2 à 3 mètres de longueur, qu'il projette honrizontalement de manière à réaliser une entaille de 2 à 3 mètres de profondeur sur 20 centimètres de haut. Cette opération longue et pénible, l'ouvrier travaillant accroupi ou allongé, est appelé "souchevage". Des cales sont ensuite placées sous le bloc en suspension.

Deux entailles verticales sont alors réalisées à chaque extrémité avec un pic; ce sont les "tranches de défermage". Le bloc peut alors tomber sous l'effet de son propre poids ou être amené à rompre en engageant des "coins" dans sa partie supérieure. Le bloc est dégagé de son alvéole à l'aide de treuil à manivelle et de crics, puis découpé en morceaux plus facilement transportables. Ceux-ci sont amenés vers le puits sur des rouleaux de bois ou sur un wagonnet. Les blocs, attachés au câble du treuil par une grosse chaîne, prennent alors la direction de la surface.

Le cheval tourne alors pendant 1h30 en parcourant 4 km. Le bloc arrivé en surface; les carriers recouvrent le puits de grosses poutres. Un système permet de débrayer le cheval. Grâce au frein à bande métallique, un ouvrier fait descendre lentement la lourde pierre sur des roules, rouleaux de bois permettant de la déplacer avec précaution sur la "forme de carrière".

6 à 10 tonnes de pierres sont chargées sur des fardiers, chariots à 4 roues tirées par 5 chevaux. Ils prennent la direction des chantiers de constructions de Paris. Les petits blocs de 2 à 3 tonnes sont chargés sur des charrettes tirées par 3 chevaux. Souvent les charretiers groupaient plusieurs fardiers afin d'avoir un nombre impressionnant de chevaux pour tirer un fardier en difficulté.

A lire :

  • Association PICAR
  • Les carrières de Châtillon
  • Article sur les attelages de chevaux de carrières

    Comme je l'ai indiqué plus haut, la carrière ne se visite pas, mais l'exposition présente un panorama complet, très instructif, que j'ai repris ci-dessous.

    Géologie du site :


    Coupe géologique schématique du banc de calcaire grossier exploité
    (source : exposition des journées du patrimoine 2010)


    Tranche de défermage, hauteur : 1,70 m


    Consolidation par blocs superposés appelée "piliers à bras"


    Mur de consolidation appelée "hague"


    01. Banc séparatif entre l'étage inférieur et l'étage supérieur


    02. Banc de marne au dessus d'un banc de calcaire coquillier


    03. Banc tendre (souchet) au dessus du banc exploité


    04. Végétaux fossiles en ciel de l'étage inférieur


    05. Banc exploité à l'étage inférieur


    06. Eaux d'infiltration en bas du puits


    07. Rigole d'écoulement des eaux, et puisard d'infiltration creusés par les carriers


    08. Concrétions formées par les eaux d'infiltration

    Méthodes de transport à l'intérieur de la carrière :


    Pente douce entre les deux étages menant vers le quai de chargement


    Voie ferrée dans la galerie principale en direction du puits d'extraction
    Ecartement : 1 mètre ; Longueur : 100 mètres


    Vestiges du wagon plateforme servant à transporter les blocs jusqu'au puits d'extraction

    Outils des carriers :

    Au cours de la démonstration animée du treuil, un "animateur" présente les différents outils des carriers.


    Un tétu

    Descriptif : Outil en fer forgé, dont la partie agissante est composée d'une tête de forme rectangulaire, et qui présente une face creuse. Cette partie tranchante est appelée de façon courante "la gaille". Le manche de section ovale est en bois dur. Quand l'outil ne comporte qu'une tête carrée, la place de la deuxième est occupée par une tête de pic.

    Outil de carrier, le têtu est utilisé pour équarrir et débiter un boc de pierre, afin de le dégrossir, de le préparer pour le tailleur.


    Un pic

    Descriptif : Le pic de carrier sert à démarrer les tranches dans le front de taille, notamment pour le souchevage. On l'appelle de ce fait « pic à soucher ». Il permet également au carrier de dégrossir les blocs en carrière.


    Un cric


    Outils de carriers


    Outils de tailleurs de pierre


    Démonstration d'une taille de pierre

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