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Situation géographique
Pays
France
Département
Bas-Rhin
Commune
Saverne
On va commencer par l'incontournable église, et ses deux originalités. Un précis historique sur le flottage du bois, activité aujourd'hui disparue, puis des histoires de fontaine et de licorne, sans oublier un court passage au château. A Saverne, en Alsace, vous pouvez visiter une vieille église, Notre-Dame-de-la-Nativité de Saverne, dont les premières constructions datent du XIIème siècle.
Un petit tour dans l'église. L'église est assez sombre, ce qui met bien en évidence ses hauts-vitraux au niveau du choeur gothique.
Et voilà notre curiosité religieuse pas banale dans l'église, un gisant "Christ-mort" avec un énorme trou "naturel". Ce trou, situé au niveau du coeur, servait à garder la Réserve Eucharistique du Jeudi Saint ou Vendredi Saint. "Ceci est mon corps, bla bla" prend tout son sens ici ! C'est un point de vue original, la première fois que je rencontre ce détail eucharistique dans une église, ça valait bien de s'y arrêter quelques secondes, non ?
Revenons à notre première curiosité du lieu : ce qui nous intéresse particulièrement ici, sur le mur du clocher de l’église, c'est ce mètre étalon. Ce n'est pas la première fois que j'en rencontre un, il y en a notamment un à Paris, place Vendôme, et un autre à Versailles ... mais celui-ci porte une mention spécifique : "DIS IST DI HOLTZ DAN" ce qui signifie, dans un vieil allemand, "ceci est la mesure du bois". Il s'agit d'un mètre étalon spécifique à la mesure du bois. A l'intérieur de l'église, une rapide explication est donnée : "les autorités de Saverne ont plusieurs fois fixé les dimensions réglementaires des bois, notamment ceux de flottage sur la Zorn".
Les différents marquages au fer donnent justement les différentes mesures autorisées au fil du temps.
La Zorn est une rivière, sous-affluent du Rhin. C'est sur cette rivière que la ville de Saverne a été bâtie. Ce n'est pas le seul cours d'eau qui coupe la ville en deux, car il est impossible en passant par le centre de Saverne de rater le canal. Il s'agit du Canal de la Marne au Rhin, ouvert à la circulation en 1853.
Aux abords de ce canal se trouvent les restes d'une ancienne locomotive électrique de traction des péniches, ainsi qu'un ancien cylindre ressemblant à une grosse cuve qui est indiquée comme étant une "vanne cylindrique à étanchéité bi-directionnelle".
Comme il est précisé sur place, l'ouverture de la vanne permet un passage rapide de l'eau. Elle commande les remplissages et vidanges du bassin d'épargne de l'écluse. Cette vanne fut remplacée en 2023 (c'est récent) par trois vannes papillon de 1 mètre de diamètre, ce nouveau système permettant de contrôler le débit de l'eau.
Au XXème siècle, divers modes de traction des bateaux sont utilisés : traction humaine, traction animale, traction mécanique par tracteur puis finalement la traction par locomotive électrique. C'est à partir des années 1970 que ce système de traction disparait, les péniches devenant équipées de moteurs. La vitesse de traction d'une locomotive était d'environ 4 km/h en pleine charge (contre 16 à 18 km/h à vide). Ce système nécessitant l'installation de rails sur les berges n'a pas pu être généralisé à l'ensemble des voies navigables.
Si nous revenons à notre mètre-étalon, peut-être pourrions nous parler de la Zorn et de son flottage du bois ? Jusqu’au XIXe siècle, en l’absence de voies de communication suffisantes, le flottage du bois constitue souvent le seul moyen pour la vidange des coupes de bois. C’est notamment le cas pour le bois de chauffage qui est évacué par "flottage à bûches perdues". La technique est mentionnée dès le début du XIVe siècle dans le massif vosgien. Plusieurs cours d’eau des Vosges du Nord réunissent toutes les conditions requises pour une telle activité. Dans les vallées vosgiennes, les forêts sont en effet souvent d’accès très difficile et l’évacuation du bois à longue distance ne peut se faire que par flottage, de façon moins onéreuse que par voie de terre. Dans la région de Saverne, située sur le versant oriental du massif, les ruisseaux et les rivières comme la Zorn et la Zinsel du Sud débouchent sur le piémont et la plaine d'Alsace. Le flottage à bûches perdues concerne le bois de corde destiné au chauffage des particuliers ou au fonctionnement des forges et usines. Façonnées par les bûcherons, les bûches sont jetées dans le cours d’eau par des ouvriers spécialisés appelés « Einwerfer ». Le cheminement du bois est surveillé par des convoyeurs, les « Flötzer » ou « Flösser ». Munis de gaffes comportant un crochet, le « Flotzhaken », supervise le flottage pour débloquer les bûches coincées contre des pierres ou des racines et empêcher les vols. Il accompagne le bois durant son périple.
J'aurais souhaité illustrer le flottage du bois par quelques vieilles photos, mais avec la barrière de la langue (alsacien) ou la faible documentation photographique, c'est finalement dans la Nièvre, plus précisément à Clamecy, que je vais trouver le plus de documents pour illustrer le flottage du bois.
En voyant ces photos, je n'avais pas imaginé une telle quantité de bois circulant dans les fleuves. Ce n'était pas bon de se faire une petite baignade au moment du passage de cette imposante quantité de bois ! Je pense même aux pauvres poissons, nageant tranquilles, se prenant d'un coup une masse sur la tête ! Si je m'inquiète de ma petite baignade dans le fleuve, visiblement cette technique n'était pas non plus très tendre pour l'environnement.
Le flottage du bois occasionne de nombreux dégâts aux rives des cours d’eaux, gêne l’activité d’un grand nombre de professions et donne ainsi naissance aux XVIIe et XVIIIe siècles à de multiples litiges. Il oblige les autorités à élaborer des réglementations. À la fin du XVIIe siècle, une ordonnance du Magistrat de Strasbourg assigne aux propriétaires de radeaux des emplacements précis, où ils sont tenus de les amarrer et de les tenir éloignés des berges. La ville perçoit aussi un droit d’écluse, appelé Schliessengeld. Des ordonnances de 1669 et 1672 règlent les litiges survenant entre flotteurs et meuniers, à propos des dégâts causés aux moulins et de l’indemnisation des journées de chômage des meuniers.
Concernant la ville de Saverne, j'aurais bien aimé conter une légende, celle d'une licorne. Oui, une licorne, car il est franchement impossible de passer à côté des diverses représentations de cet animal légendaire dans cette ville. Un parvis où trône la "fontaine-licorne", des armoiries avec licorne à divers endroits de la ville. Point de véritable légende malheureusement, la licorne est tout simplement le symbole de la ville.
La licorne, animal fabuleux de plus de 3 000 ans, est l'emblème de la Ville de Saverne. Elle aurait été choisie par les Savernois en raison de sa pureté et de son courage, qualités faisant de Saverne une Ville imprenable.
Cette représentation de la licorne sur la fontaine est l’œuvre du sculpteur strasbourgeois André FRIEDRICH ; elle a été remplacée en 1970 par une copie due à Claude METZMEYER. La fontaine de la licorne n'était pas en eau lorsque je me trouvais à Saverne, du coup, une belle représentation de celle-ci en eau sur cette carte postale ancienne sera plus parlante de la beauté de cette fontaine.
Malgré tout en cherchant bien ... il existe quand même une version qui indique qu'une licorne aurait trempé sa corne dans l’eau du Badbrunne (fontaine du bain) ce qui lui aurait donné des vertus thérapeutiques. Au Moyen-Age, les pèlerins et célébrités de passage à Saverne, emportaient cette eau pour ses pouvoirs magiques. Un petit refraichissement du coup ?
Au XVIIIème siècle de nombreux lavoirs sont installés sur les rives de la Zorn. L'eau y est claire grâce à l'apport régulier de la fontaine du Badbrunne (celle où la licorne a trempé sa corne, cqfd !) Sur la place principale de la ville qui donne accès au château des Rohan, se trouve une autre belle fontaine, avec une sculpture en pierre de Louise Weiss (1893-1983), ancienne journaliste et députée européenne. "En 1981, elle fait don à la ville de Saverne de ses collections historiques et ethnographiques. Une section Louise Weiss sera ouverte dans le musée du château de Rohan dans cette ville, et une statue inaugurée en mai 2021. Elle lègue l'ensemble de sa correspondance et de ses manuscrits à la Bibliothèque nationale et ses livres à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg."
Au pied de la fontaine, se trouve un banc en pierre avec une inscription gravée, une citation de Louise Weiss : "La tâche des hommes futurs, la tienne, sera de dénouer pacifiquement les conflits." ... pas gagné malheureusement. Louise Weiss aura oeuvré toute sa vie à la paix, travaillant notamment dans les années 30 à un rapprochement franco-allemand, qui se soldera définitivement par un échec lors de l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler. En 1945, elle fonde l'Institut de polémologie (science de la compréhension des conflits). En 1971, elle crée une fondation portant son nom qui, chaque année, prime les auteurs ou les institutions ayant le plus contribué à l'avancement des sciences de la paix, à l'amélioration des relations humaines et aux efforts en faveur de l'Europe.
Et pour finir la visite, le château de Saverne : le château des Rohan.
Sur le parvis du château se trouve un ensemble de sculptures, dont une en particulier qui retient mon attention, celle de Marc Petit. C'est parce que l'artiste ne m'est pas inconnue. Si vous venez à visiter la ville de Cahors (dans le Lot), vous trouverez des sculptures de cet artiste à tous les coins de rue. Cahors-Saverne 870 km !
Bonne visite de Saverne, il y a encore des tas de petits détails à voir un peu partout dans la ville.
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